La destinée d’un Homme

De Gaulle

« De Gaulle » est un film français réalisé par Gabriel Le Bomin (« Les Patriotes » en 2017) sorti en 2020. De Gaulle est une figure historique qui n’avait jamais été portée à l’écran. Projet ambitieux et véritable défi pour le réalisateur, le premier à s’attaquer à la vie du général. Le pari est-il réussi ?

Notre avis sans vous divulgâcher le sujet même s’il s’inscrit dans la grande Histoire.

Synopsis :

En mai 1940, Charles de Gaulle, fraichement nommé général de brigade et sous-secrétaire d’état, est confronté à l’effondrement militaire et politique de la France. Il s’oppose alors au défaitisme du gouvernement en place, incarné par le maréchal Pétain. Après avoir fui à Bordeaux avec certains membres du gouvernement, Charles de Gaulle rejoint Londres pour demander l’aide de Winston Churchill et tenter de poursuivre la lutte. Sa femme Yvonne doit de son côté quitter la propriété de Colombey les Deux Églises. Elle part avec ses trois enfants sur la route de l’exode fuyant devant l’avancée de l’armée Allemande. D’abord accueillis par la famille dans le Loiret, puis à Carantec en Bretagne, ils tentent de fuir le pays. Toutes ces tribulations affectent beaucoup la benjamine de la famille, Anne, atteinte de trisomie 21. Depuis Londres, le général va tenter le tout pour le tout ; galvaniser les Français et les inviter à le rejoindre. Le 18 juin 1940, il lance un appel devenu célèbre sur les ondes de la BBC.

Soyons clairs le titre semble assez mal choisi car il ne reflète pas son contenu. C’est un peu comme appeler « Napoléon » un film qui ne traite que la bataille d’Austerlitz au contraire  par exemple d’ « Alexandre » d’Oliver Stone qui retraçait intégralement la vie du conquérant. Gabriel Le Bomin, auteur de nombreux documentaires historiques, semble à l’aise dans l’analyse politique des heures sombres du printemps 1940 et offre une vision sentimentale du stratège seul contre tous en ce moment charnière de l’Histoire de France.

Le film est une très belle reconstitution historique profitant de moyens matériels importants mais ne constitue en rien une biographie du général De Gaulle. Il s’apparente presque à une romance dans un cadre historique tant le couple Charles et Yvonne y apparaît comme terriblement soudé voire fusionnel dans les épreuves qu’ils traversent. La vraie surprise est de nous proposer ce  brillant stratège souvent qualifié d’inflexible comme un homme fragile et amoureux. La relation entre Charles et Anne, leur fille handicapée, qu’il berce sur ses genoux lors des flash-back qui émaillent le film, est particulièrement touchante. (Dans les rares moments où il évoquait sa fille, le général l’appelait « ma joie »).

Le choix de Lambert Wilson parfaitement métamorphosé est excellent ; sa prestation est brillante et intelligente (malgré la prothèse de nez) sans jamais chercher à imiter son modèle  (surtout sa voix et son anglais), mais à en incarner l’essence, la grandeur…

 Isabelle Carré est comme toujours très juste dans son interprétation et campe une Yvonne De Gaulle, amoureuse très loin de l’image désuète et rigide qu’elle a laissée. Une mention spéciale à deux excellents seconds rôles Olivier Gourmet qui incarne le Président du Conseil Paul Reynaud et Tim Hudson qui interprète un intéressant Winston Churchill au verbe fort.

Teinté de trop de respect pour l’Homme et alors qu’il disposait en Lambert Wilson d’un acteur taillé pour le costume du général ; Gabriel Le Bomin rate la marche qui aurait pu faire de son long métrage, un grand film sur « le grand homme ». Cependant il plaira à ceux qui aiment rencontrer l’humain derrière le personnage historique.

Pas sûr que le « grand Charles » pudique et soucieux de protéger son jardin secret ait apprécié…

Note : 6/10

Yves Legrand – Le 10 juin 2020

Sources Photos : 

Vous pourriez aussi aimer :

Critique « La fille au Bracelet » (2020) : Une coupable silencieuse

« La Fille au bracelet » troisième long-métrage de Stéphane Demoustier (« Terre battue », « Allons enfants ») raconte la troublante histoire de Lise Bataille, une adolescente de dix-huit ans accusée du meurtre de sa meilleure amie Flora, survenu deux ans auparavant. Vous laisserez vous tenter par une nouvelle histoire judiciaire à moins que pour une fois ce n’en soit pas une ?

Lire plus »

Critique « Le cas Richard Jewell » (2020) : « Héros ou Zéro »

Dans « Le cas Richard Jewell » le trente huitième film de Clint Eastwood s’intéresse à une nouvelle figure du héros américain contemporain après le tueur d’élite Chris Kyle (« American Sniper »), le pilote Chesley Sullenberger (« Sully ») et les trois passagers ayant intercepté le terroriste à bord d’un Thalys (« Le 15h17 pour Paris »). Le long métrage bénéficie d’un casting très intéressant qui mérite votre intérêt.

Lire plus »

contact.screentune@gmail.com