Une affaire de famille

Enola Holmes

On aura tout vu et tout connu des immenses aventures du plus grand détective imaginé par Sir Arthur Conan Doyle, des films, des séries et des jeux vidéo. Il était donc normal que les sociétés de productions explorent un peu plus loin l’univers du détective préféré de sa Majesté.

C’est là qu’intervient la série de romans policiers écrits par Nancy Springer publiés à partir de 2006, un vrai succès littéraire qui s’est traduit par une édition en BD. Rien d’étonnant donc à ce que le médium cinématographique ne l’adapte.

Une transposition à l’écran produite par Warner et Legendary Pictures qui a connu les répercussions de la pandémie du Covid-19 et qui est donc récupéré par le mastodonte Netflix dans l’éventualité d’une fructueuse licence.

Emmené par la star de « Stranger Things », Millie Bobbie Brown également productrice, l’homme d’acier et sorceleur Henry Cavill et l’excellent Sam Claflin (aperçu dernièrement dans « Peaky Blinders »), « Enola Holmes » nous promettait une jolie aventure à taille d’adolescente en quête de sa mère. Le début d’une nouvelle licence pour la plateforme ?

Synopsis :

Enola est la cadette de la famille Holmes, née en 1884. Elle vit seule dans la campagne britannique avec sa mère, Eudoria, qui l’éduque de manière peu orthodoxe. Quand Eudoria disparaît mystérieusement, Enola se retrouve obligée de contacter ses frères, Mycroft et Sherlock. Ce dernier étant un célèbre détective, Enola pense qu’il pourra l’aider à retrouver la trace de sa mère. Néanmoins, quand ils découvrent que leur petite sœur est loin d’être un modèle de sagesse et de politesse, ils décident de l’envoyer en pensionnat pour la rendre acceptable en société. Mécontente, Enola se déguise et s’échappe en direction de Londres où elle est amenée à résoudre un mystère.

On ne va y aller par quatre chemins, « Enola Holmes » réalisé par Harry Bradbeer, cinéaste à qui l’on doit plusieurs épisodes des séries « Killing Eve » et « Fleabag » est un joli petit film divertissant et prenant place à l’époque victorienne.

La bonne idée est d’avoir essayé de retranscrire le mieux possible la première aventure de la cadette de la famille Holmes. Le long métrage essaye habilement de questionner ses personnages et le spectateur sur la place de la femme au sein d’une société qui tente de lui imposer sa hiérarchie. Enola cherche à s’émanciper des mœurs victoriennes et de celle imposée par son grand frère Mycroft (brillant Sam Claflin même si sa présence est réduite au minimum syndicale).

Notre héroïne porteuse donc de toutes les libertés désirées par les femmes de l’époque va tenter de nous impliquer au maximum dans sa quête existentielle.

Par l’intermédiaire de regards caméra, le film nous invite à nous plonger dans les réflexions de détective de la jeune Elona afin de retrouver sa figure maternelle et de résoudre une enquête aux répercussions politiques qui vont ébranlées la société.

Loin d’être un film purement féministe sur la place de la femme dans la société, « Enola Holmes » est aussi une enquête policièrement malheureusement sans grandes surprises dans son intrigue. Cependant même si la réalisation reste très sage et convenue, Harry Bradbeer emballe un spectacle très correct fait de jolies scènes d’action lisibles et très bien montées dans lesquelles notre jeune adolescente fait souvent face à des adversaires plus forts qu’elle. Pas de force brute, c’est grâce à son intelligence, sa lucidité et son entrainement que la jeune héroïne se sort de ses embûches. Des séquences très bien montées et qui montrent tout le combat intérieur de la jeune Enola.

Malgré un rythme très lent dans son introduction, le film d’Harry Bradbeer commence véritablement à prendre son envol dans sa seconde partie grâce la superbe reconstitution de la City de Londres. Un imposant cloaque où règne le chaos et le cœur névralgique de toute l’Angleterre, un contraste saisissant avec les couleurs luxuriantes et le soleil chaud de la campagne de la première moitié du récit.

C’est véritablement là que « Enola Holmes » commence vraiment à ressembler à deux films fonctionnant côte à côte, la plupart du temps de concert l’un avec l’autre.

On louera également la performance du trio Holmes qui offre une partition juste et nuancée. Déjà auréolée d’un capital sympathie non-négligeable sur la saga « Stranger Things », Millie Bobby Brown s’en donne ici à cœur joie et offre une composition énergique et ludique. À la fois ingénieuse et comique, on a presque l’impression de redécouvrir l’actrice pour la première fois.

À ses côtés, Henry Cavill offre un Sherlock très loin des compositions interprétées par Benedict Cumberbatch et Robert Downey Jr. Même si ses discussions et dialogues avec la jeune actrice de « Stranger Things » montrent une belle alchimie entre eux et offrent de jolis moments d’émotions ; son personnage est trop propre et trop attentionné envers sa petite sœur.

Certes, il n’est pas le personnage principal et nous n’avons rien contre le fait d’offrir un Sherlock Holmes différent, pourtant nous sommes très loin de retrouver l’homme de science et de raison avant-gardiste, pionnier dans le domaine de l’investigation médico-légale. L’acteur de « Man of Steel » est ici trop lisse et signe une partition de joli garçon intéressé, sympathique et concerné par les ennuis de sa jeune sœur de 16 ans. Dommage…

Finalement, « Enola Holmes » est un film divertissant à savourer lors d’une belle petite soirée cinéma bien installé dans son canapé. Avec plus de deux heures, le long métrage d’Harry Bradbeer reste cependant un peu trop long notamment dans sa première partie avant de s’émanciper, comme la jeune Elona, de ses rôles masculins dans une seconde moitié mieux maitrisée et plus rythmée.

Portée par une reconstitution au petit oignons et un casting qui fait le boulot, cette première aventure de la jeune détective accomplit sa mission de chouette moment de divertissement.

Il faut juste espérer que la jeune comédienne continue à mener l’enquête en Angleterre entre deux saisons des mystères d’Hawkins aussi sur Netflix.

Note : 6,5/10

Julien Legrand – Le 24 septembre  2020

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