Échec et Bat

Batman v Superman : L’Aube de la justice 

Tout le monde se souvient du succès de la trilogie du chevalier noir de Christopher Nolan entre 2005 et 2012. On pouvait penser que Warner et DC Comics allaient se baser sur le travail du réalisateur britannique pour lancer son univers étendu mais c’était sans compter le refus du metteur en scène qui préférait se concentrer sur d’autres projets (« Interstellar » en 2014) tout en restant producteur des futures réalisations des héros DC.

Nolan parti, Christian Bale quitte le navire lui aussi. Le studio doit donc trouver un nouveau Batman et un nouveau réalisateur.

DC et Warner décident donc en 2013 de lancer leur univers avec « Man of Steel », nouvelle adaptation de Superman depuis le « Superman Returns » de Brian Singer. La réalisation est confiée à Zack Snyder, metteur en scène de « 300 » et l’excellent « Watchmen » transposition du fabuleux roman graphic d’Alan Moore. Henry Cavill est choisi pour être le nouveau fils de Krypton et ainsi lancer la nouvelle vague de super héros pour concurrencer Marvel.

En 2014, les fans du chevalier noir apprennent que le nouveau Batman sera Ben Affleck. Une info qui a fait couler beaucoup d’encre et fait hurler de nombreux fans. En effet, le beau Ben n’est pas réputé pour être un grand acteur et sa dernière performance en costume de héros (Coucou Daredevil) laissait à désirer.

La chauve-souris de Gotham est annoncée dans un nouveau film pour affronter Superman en 2016 et comme nous le savons depuis, le film rapportera plus de 800 millions de dollars mais divisera fans et critiques comme jamais. Depuis lors, réhabilité par sa version « director’s cut », « Batman v Superman » aura pourtant chamboulé à tout jamais la vision cinématographique de DC et la ligne directrice de Warner.

Synopsis :

Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

L’affrontement entre les deux plus grandes icônes héroïques de chez DC Comics était un fantasme pour de nombreux aficionados depuis des années et grâce à Zack Snyder, le rêve était enfin devenu réalité.

Si DC désirait offrir une concurrence sérieuse à Marvel avec « Batman v Superman » c’est une demi-réussite.

S’inspirant du sublime « The Dark Knight Returns » de Frank Miller et du superbe comics « La Mort de Superman », Zack Snyder réussit néanmoins un petit exploit en dépeignant avec justesse la dualité aussi forte qu’impressionnante entre Batman et Superman. Tiraillés entre le bien et le mal qu’ils n’arrivent même plus à définir, les deux hommes sont en désaccord total sur leurs méthodes, leur façon de voir le monde et d’appréhender cette notion si ambigüe de la justice.

Le réalisateur de « Watchmen » renouvèle avec maestria les figures héroïques tout en les rendant à nouveau porteuses de sens. Dans un monde si décadent où la frontière entre le bien et le mal est si fragile, Zack Snyder s’interroge sur la question : « Que signifie être un héros ? »

Les deux héros se ressemblent pourtant beaucoup mais leur définition du justicier diverge sur plusieurs points. Usé et meurtri par de nombreuses années d’horreurs et de combats, Batman est devenu un vengeur désespéré (Ben Affleck très crédible pour sa première sous le masque).

Quant à Superman (Henry Cavill toujours aussi à l’aise), il peine à trouver sa place au sein d’un monde qui ne le comprend pas et ne le désire pas. Un homme d’acier en perte de vitesse, perdu, cherchant comment il peut faire don aux humains de ses pouvoirs. De ces fondements existentiels, le metteur en scène dresse le portrait de deux héros en quête de signification, deux êtres qui déambulent dans un univers non pas ténébreux, mais dans lequel ils sont forcés de s’interroger sur leurs propres démons pour retrouver un sens à leur existence.

Zack Snyder trace ainsi le fil rouge de son histoire afin dépeindre la notion de puissance et son utilisation au sein du société en proie au mal. Une relecture nietzchéenne de l’univers DC, qui ne s’ancre pas dans le réalisme cher à Christopher Nolan et qui se veut plus fidèle aux grands succès de l’éditeur. Le réalisateur de « Watchmen » prouve avec passion qu’il est un fan absolu de la mythologie en offrant aux spectateurs des protagonistes légendaires (une belle introduction pour Wonder Woman et une superbe Gal Gadot), se frottant à un monde qui ne les désire ni ne les comprend.

Bien sûr pour esquisser tout ce mal-être, le film va jongler entre un rythme aux antipodes des canons super-héroïques actuels et une seconde partie beaucoup plus rapide qui tombe parfois dans les travers du genre.

Cependant, Snyder va sans cesse rechercher une forme de pureté mythologique pour asseoir sa démarche puissante. Une qualité qui va parfois être très écrasante pour un public non-initié.

On ne reviendra pas sur la scène qui a fait couler beaucoup d’encre dans laquelle nos deux héros découvrent qu’ils sont ironiquement reliés par le nom de leurs mères, car elle démonte soudain toutes les failles, et la beauté du projet.  À ce moment précis, « Batman v Superman : L’Aube de la justice » se tire une balle dans le pied malgré cette séquence qui désire faire apparaître les failles béantes de ces deux titans qui retrouvent au final un peu d’humanité.

À la réalisation, Zack Snyder signe un sans-faute et enrobe son œuvre avec une photo sublime, et une quantité de références au film noir et au western. Le cinéaste offre pendant plus d’une heure un spectacle tonitruant qui ne cesse de monter en intensité.

Malheureusement, là où le bas-blesse, c’est que le long-métrage est beaucoup trop dense et certains personnages n’ont pas droit à l’introduction qui leur est due pour marquer un spectateur qui se retrouve parfois piégé dans un univers aux ramifications trop grandes.

Un film qui désire en dire trop dans le temps qui lui est imparti, cette deuxième entrée du DCEU a néanmoins précipité sa chute. Il serait trop simple de blâmer un public bercé par la sauce Marvel et avide de blockbusters formatés et identiques, il est également plus que probable de voir un film qui s’écroule sous ses défauts malgré la réhabilitation de son « director’s cut » (32 minutes supplémentaires tout de même).

Car hormis la plaisanterie « Martha », le scénario signé David S. Goyer (déjà à l’œuvre sur la trilogie de Nolan) et Chris Terrio évoque trop de choses pour vraiment impacter tout cet univers cinématographique. La haine entre Superman et Batman n’a pas vraiment de fondement et n’est pas assez appuyé pour lui donner une vraie dimension. L’idée d’un homme d’acier devenu malgré lui un symbole qui inspire la peur reste trop survolée hormis le fait qu’il pourrait devenir incontrôlable.

Bref l’intrigue vole parfois dans tous les sens et son final soutenu par des effets spéciaux en roue libre prouve malgré toutes ses qualités que le long-métrage est au bord de l’implosion de par sa volonté de développer un univers étendu.

Encore une fois, on reste très attaché à la version « director’s cut » (plus de trois heures) de Zack Snyder qui donne plus de cohérence à l’histoire mais qui n’empêche pas son film de laisser une partie du public sur le carreau. Le cinéaste témoigne de réelles ambitions et questionne intelligemment la figure du super-héros tout en offrant quelques scènes mémorables à un univers tout aussi riche.

« Batman v Superman : L’Aube de la justice » est par moment un film merveilleux qui réalise un vieux fantasme de cinéma, faire s’affronter le chevalier noir et le fils de Krypton. Malgré une excellente mise en scène et une photographie élégante, le long-métrage de Zack Snyder foisonne d’idées intéressantes mais qui forment au final une compote bien indigeste pour les non-initiés.

Un rendez-vous manqué pour le DCEU qui précipitera la chute de « Justice League » et de « Suicide Squad ». Depuis, Zack Snyder, Ben Affleck et Henry Cavill ont quitté le navire et on ne peut qu’espérer que DC retrouve vite le cap.

Note : 7/10

Julien Legrand – Le 11 octobre 2019

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