Le piège du buzz

7. Kogustaki Mucize

C’est bien connu, les réseaux sociaux ont un pouvoir de persuasion assez puissant et ces derniers jours, le bouche-à-oreille y a fait son œuvre. Il n’a fallu qu’un simple tweet du compte français de Netflix (« Si tu ne pleures pas devant 7. Koğuştaki Mucize , on ne peut plus rien pour toi ») pour que la magie du net opère.

Soudain, cette production turque au titre imprononçable est devenue LE film du moment, celui qu’il faut voir à tout prix. Les nombreux commentaires dithyrambiques à son sujet allant bon train, : « Ceux qui ne pleurent pas devant ce film n’ont pas d’âme », « Le meilleur film de l’année » ou encore « Ce film mérite un Oscar direct » sont autant de choses qu’on pouvait lire ces derniers jours.

Un tel phénomène a piqué notre curiosité et nous a poussé à y jeter un coup d’œil, histoire de nous faire notre propre avis. 

Synopsis :

Séparé de sa fille, un père avec un handicap mental doit prouver son innocence lorsqu’il est arrêté pour le meurtre de la fille du commandant de la loi martiale. Condamné à mort, il entre dans la cellule 7. Les détenus se rendent vite compte qu’il a un bon cœur. Avec le temps, tous ceux qui le connaissent tenteront de sauver la vie de Memo.

Au premiers abords, on se retrouve face à un postulat plutôt intéressant, celui d’un père souffrant d’un sévère handicap mental et de sa fille qu’il élève seul avec sa grand-mère et qui, par un improbable concours de circonstances, se retrouve injustement condamné à mort pour un meurtre qu’il n’a pas commis. On peut d’ores et déjà affirmer qu’il n’a pas énormément de chance.

Ce thème de l’injustice est assez récurrent dans l’histoire du cinéma avec des œuvres comme « Au nom du père » ou le culte « La ligne verte ». Des films qui font souvent mouche auprès des spectateurs grâce à un propos avisé auquel on ne peut rester insensible. Rajoutez à cela une déficience mentale et vous obtiendrez un drame teinté d’émotions.

Le problème avec « 7. Koğuştaki Mucize », c’est qu’ici tout est fait pour provoquer les larmes, mais sans aucune once de tact et de pudeur. Le côté dramatique de l’ensemble est poussé à l’extrême, au détriment de la justesse et d’une réflexion intelligente qui aurait pu, ou plutôt dû être le cœur du récit et aurait donné à l’ensemble une plus-value.

Au lieu de ça, la réalisation tombe dans la démesure dans le seul but d’arracher sa petite larme au spectateur. Pour se faire, celle-ci use de tous les ressorts possibles, parfois sans réel intérêt scénaristique, abusant de gros plans sur des visages abattus souvent accompagnés de ralentis pour bien accentuer la détresse des protagonistes.

Chaque instants de tendresse est propice à l’ajout de musique larmoyante où les quelques rares bonnes paroles se retrouvent noyées dans ce flot incessant de violons. Ce qui vient ajouter davantage de pathos à ce film qui en déborde déjà et où les clichés ont la dent dure, entre le vilain antagoniste et les gentils taulards.

Ce qui sauve « 7. Koğuştaki Mucize » du désastre, c’est d’une part le jeux d’acteur qui s’avère convaincant, notamment le principal intéressé Aras Bulut Iynemli qui s’avère crédible. Et d’autre part, la direction artistique fait le job avec une photographie réussie, bien aidée il faut le dire par les sublimes paysages de la mer Egée qui bordent les côtes turques.

Au décompte final, on est loin du chef-d’œuvre que les nombreux avis positifs laissaient présager. Le film du réalisateur Mehmet Ada Öztekin possède certes des qualités, celles-ci sont gâchées par une propension évidente à provoquer l’émoi, le tout sans la moindre subtilité.

Dommage s’il avait laissé cet aspect larmoyant poussé à l’extrême de côté et s’était plus attardé sur le fond, son film aurait eu bien plus de sens. Avec les nombreux  sujets qui y sont abordés, ce long-métrage aurait mérité un bien meilleur traitement, notamment en ce qui concerne le système carcéral turc comme a pu le faire, non sans justesse, « Midnight Express » (1978) avant lui.

Le succès public de « 7. Koğuştaki Mucize » est l’arbre qui cache la forêt d’un film, certes émouvant, mais qui manque de justesse.

Note : 5,5/10

Damien Monami – Le 11 avril 2020

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